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dimanche, 17 octobre 2010

VA-T'EN ME DIT LA BISE...

Va-t'en, me dit la bise,

C'est mon tour de chanter,

Et, tremblante, surprise,

N'osant pas résister,

Fort décontenancée

Devant un Quos ego,

Ma chanson est chassée

Par cette virago.

Pluie. On me congédie

Partout, sur tous les tons.

Fin de la comédie.

Hirondelles, partons.

Grêle et vent. La ramée

Tord ses bras rabougris ;

Là-bas fuit la fumée,

Blanche sur le ciel gris.

Une pâle dorure

Jaunit les coteaux froids.

Le trou de ma serrure

Me souffle sur les doigts.

(Victor Hugo)

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mardi, 17 août 2010

UN JOUR MON BEAU SOLEIL

Un jour mon beau Soleil mirait sa tresse blonde

Aux rais du grand Soleil qui n'a point de pareil ;

Le grand Soleil aussi mirait son teint vermeil

Au rai de mon Soleil que nul rais ne seconde.

Mon Soleil au Soleil était Soleil et onde

Le grand Soleil était son onde et son Soleil ;

Le Soleil se disait le Soleil non pareil,

Mon Soleil se disait le seul Soleil du monde.

Soleils ardents, laissez ces bruits contentieux ;

L'un est Soleil en terre et l'autre luit aux Cieux ;

L'un est Soleil des corps, l'autre Soleil de l'âme.

Mais si vous débattez, Soleils, qui de vous deux

Est Soleil plus luisant et plus puissant de feux,

Soleil, tes jours sont nuits comparés à ma Dame.

(Abraham de VERMEIL - 1555-1620)

Originaire de BUGEY, Abraham de VERMEIL fut un poète protégé par Henri IV, pour lequel il s'était battu pendant les guerres civiles. Poète apprécié en son époque, il écrivit une Histoire de Saint Louis, aujourd'hui perdue, et de nombreux sonnets d'inspiration "pétrarquiste".

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14:34 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (10)

jeudi, 12 août 2010

MON AME

Mon âme est une infante en robe de parade,

Dont l'exil se reflète, éternel et royal,

Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,

Ainsi qu'une galère oubliée en la rade.

Albert SAMAIN, Au Jardin de l'infante

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mercredi, 14 juillet 2010

ERRANCE (Arthur RIMBAUD)

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

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lundi, 21 juin 2010

ICI-BAS (Sully Prud'homme)

Ici-bas tous les lilas meurent,

Tous les chants des oiseaux sont courts,

Je rêve aux étés qui demeurent

Toujours...

Ici-bas les lèvres effleurent,

Sans rien laisser voir de leur velours,

Je rêve aux baisers qui demeurent

Toujours...

Ici-bas tous les hommes pleurent,

Leurs amitiés et leurs amours,

Je rêve aux couples qui demeurent

Toujours...

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lundi, 07 juin 2010

SI VOUS AIMEZ...

Longtemps, longtemps que mon coeur soit rempli de tels souvenirs

Comme le vase dans lequel, jadis, furent distillées des roses,

Brisez ce vase, réduisez-le en éclats, si vous aimez ;

Longtemps encore persistera le parfum des roses.

(Thomas MOORE)

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mardi, 16 mars 2010

Christine de PISAN, Cent Ballades

Seulette suis et seulette veut être.

Seulette m'a mon doux ami laissée,

Seulette suis, dolente et affligée,

Seulette suis en langueur malheureuse,

Seulette suis plus que nulle perdue,

Seulette suis sans ami demeurée.

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mardi, 02 février 2010

PERNETTE DU GUILLET (1520-1545)

Non que je veuille ôter la liberté

A qui est né pour être sur moi maître ;

Non que je veuille abuser de fierté

Qui à lui humble et à tous je devrais être ;

Non que je veuille à dextre et à senestre

Le gouverner et faire à mon plaisir :

Mais je voudrais pour nos deux coeurs repaître

Que son vouloir fût joint à mon désir.

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jeudi, 21 janvier 2010

LE GRILLON

Un pauvre petit grillon

Caché dans l'herbe fleurie,

Regardait un papillon

Voltigeant dans la prairie.

L'insecte aillé brillait des plus vives couleurs ;

L'azur, la pourpre et l'or éclataient sur ses ailes ;

Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs

Prenant et quittant les plus belles.

Ah ! disait le grillon, que son sort et le mien

Sont différents ! Dame nature

Pour lui fit tout, et pour moi rien.

Je n'ai point de talent encor moins de figure,

Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici bas :

Autant vaudrait n'exister pas.

Comme il parlait, dans la prairie

Arrive une troupe d'enfants :

Aussitôt les voilà courants

Après ce papillon dont ils ont tous envie.

Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper :

L'insecte vainement cherche à leur échapper,

Il devient bientôt leur conquête.

L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps ;

Un troisième survient, et le prend par la tête :

Il ne fallait pas tant d'efforts

Pour déchirer la pauvre bête.

Oh ! Oh ! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;

Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.

Combien je vais aimer ma retraite profonde !

Pour vivre heureux, vivons cachés.

(JEAN PIERRE CLARIS de FLORIAN (1755-1794)

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dimanche, 10 janvier 2010

LE SAMEDI A LAUDES (Racine 1639-1699)

L'aurore brillante et vermeille

Prépare le chemin au soleil qui la suit :

Tout rit aux premiers traits du jour qui se réveille ;

Retirez-vous, démons, qui volez dans la nuit.

Fuyez songes, troupe menteuse,

Dangereux ennemis par la nuit enfantés,

Et que fuie avec vous la mémoire honteuse

Des objets qu'à nos sens vous avez présentés.

Chantons l'auteur de la lumière

Jusqu'au jour où son ordre a marqué notre fin,

Et qu'en le bénissant notre aurore dernière

Se perdre en un midi sans soir et sans matin

Gloire à toi, Trinité profonde

Père, Fils, Esprit saint : qu'on t'adore toujours,

Tant que l'astre des temps éclairera le monde.

Et quand les siècles même auront fini leurs cours !

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