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jeudi, 15 septembre 2022

Charles CROS - RONDE FLAMANDE

À Mademoiselle Mauté de Fleurville.
 
 
Si j’étais roi de la forêt,
   Je mettrais une couronne
Toute d’or ; en velours bleuet
           J’aurais un trône,
 
En velours bleu, garni d’argent
   Comme un livre de prière,
J’aurais un verre en diamant
           Rempli de bière,
 
Rempli de bière ou de vin blanc.
   Je dormirais sur des roses.
Dire qu’un roi peut avoir tant
           De belles choses.
 
                     *
 
Dire qu’un roi prend quand il veut
   La plus belle fille au monde
Dont les yeux sont du plus beau bleu.
           Et la plus blonde,
 
Avec des tresses comme en a
   Jusqu’aux genoux, Marguerite.
Si j’étais roi, c’est celle-là
           Que j’aurais vite.
 
                     *
 
J’irais la prendre à son jardin,
   Sur l’eau, dans ma barque noire.
Mât de nacre et voile en satin.
           Rames d’ivoire.
 
Satin blanc, nacre et câbles d’or...
   Des flûtes, des mandolines
Pour bercer la belle qui dort
           Sur des hermines !
 
                     *
 
Hermine, agrès d’or et d’argent.
   Doux concert, barque d’ébène,
Couronne et verre en diamant...
           J’en suis en peine.
 
Je n’ai que mon coeur de garçon.
   Marguerite se contente
D’être ma reine en la chanson
           Que je lui chante.
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mardi, 31 mai 2022

REVEIL (Georges CHENNEVIERE 1884-1927)

Je n'ai pas ouvert les yeux,

Et je sens que le jour point.

Mon corps reste dans le lit,

Mais mon âme est déjà loin.

 

Elle goûte parmi l'aube

Un bonheur aérien,

Et revient de temps en temps

Me rappeler que j'existe.

 

La fenêtre est grande ouverte

Avec le store baissé.

Je suis baigné du même air

Que les feuilles et les nids...

 

On dirait que les oiseaux

Chantent tous dans le même arbre,

Et j'entends le bruit d'épingles

De leurs pattes sur les toits.

 

On n'a pas encor marché

Sur le sable des jardins,

Et toutes les rues sans hommes

Sont pareilles à des routes.

 

On arrose la chaussée ;

Mes draps me semblent plus frais.

Je sens l'odeur du savon

Qui est près de la cuvette.

 

Le fleuve s'est rajeuni

D'une eau qui a traversé

Les campagnes et la nuit.

Remorqueur, tu peux chanter.

 

Le canal n'a plus de rides :

Marinier, tu peux partir.

L'aube est pleine de voyages

Qui ne devraient pas finir...

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Chennevi%C3%A8re

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vendredi, 20 mai 2022

DOUCE PLAGE OU NAQUIT MON AME (Paul-Jean TOULET 1867-1920)

Douce plage où naquit mon âme ;

Et toi, savane en fleurs

Que l'Océan trempe de pleurs

Et le soleil de flamme ;

Douce aux ramiers, douce aux amants,

Toi de qui la ramure

Nous charmait d'ombre et de murmure,

Et de roucoulements ;

Où j'écoute frémir encore

Un aveu tendre et fier -

Tandis qu'au loin riait la mer

Sur le corail sonore.

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mardi, 22 février 2022

LE PECHEUR A LA LIGNE (Tristan DEREME)

Vainement un peuple s'indigne

Du temps que perd,

Sous son chapeau doublé de vert,

Le mortel qui pêche à la ligne.

Au soleil ou dans la fraîcheur

Qu'un bois lui verse,

Il rit à l'ombre que traverse

L'éclair d'un bleu martin-pêcheur.

Il rêve, et rêve d'une sole

Ou d'un poisson aérien ;

Mais c'est un sage : il se console

S'il ne prend rien.

A son logis, il rentre, et dîne

D'une sardine

A l'huile. Il a le coeur tremblant,

Car devant la sardine, il songe...

Il voit la dorade et l'éponge,

Et sous ses yeux un requin plonge

Dans cette boîte de fer-blanc.

Il peut être loin de la grève :

Il suffit de faire un beau rêve...

(Philippe HUC, dit Tristan DEREME, ami de Paul-Jean TOULET et de Francis CARCO, est l'auteur de poèmes fantaisistes et brillants dont le désenchantement perce sous l'humour. Il publia également des chroniques mêlées de vers, L'escargot Bleu, l'Onagre Orangé).

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mercredi, 01 décembre 2021

CHANSON GOTHIQUE (Gérard de Nerval)

Belle épousée,
J'aime tes pleurs !
C'est la rosée
Qui sied aux fleurs.

Les belles choses
N'ont qu'un printemps,
Semons de roses
Les pas du Temps !

Soit brune ou blonde
Faut-il choisir ?
Le Dieu du monde,
C'est le Plaisir.

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samedi, 23 octobre 2021

Raymond QUENEAU... un petit poème...

Quand les poètes s'ennuient alors il leur ar-

Rive de prendre une plume et d'écrire un po-

Eme on comprend dans ces conditions que ça bar-

Be un peu quelque fois la poésie la po-

Esie.

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jeudi, 17 juin 2021

QUELQUES VERS (EXTRAITS)

Voici que vient l'été la saison violente

Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps

O Soleil c'est le temps de la Raison ardente.

Guillaume APOLLINAIRE

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Ses cheveux sont d'or on dirait

Un bel éclair qui durerait

Ou ces flammes qui se pavanent

Dans les roses-thé qui se fanent.

Guillaume APOLLINAIRE.

 

 

 

 

Anne qui se mélange au drap pâle et délaisse

Des cheveux endormis sur ses yeux mal ouverts

Mire ses bras lointains tournés avec mollesse

Sur la peau sans couleur du ventre découvert.

Paul VALERY.

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On a baptisé les étoiles sans penser

Qu'elles n'avaient pas besoin de nom et les nombres

Qui prouvent que les belles comètes dans l'ombre

Passeront, ne les forceront pas à passer.

Francis JAMMES.

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Que veut-il, que veut-il, ce coeur ? malgré la cendre

Du temps, malgré les maux,

Pense-t-il reverdir, comme tige tendre

Se couvre de rameaux ?

Jean MOREAS

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jeudi, 27 mai 2021

COMPLAINTE DE LA LUNE EN PROVINCE (Jules LAFORGUE)

Ah ! la belle pleine Lune,

Grosse comme une fortune !

 

La retraite sonne au loin,

Un passant, monsieur l’adjoint  ;

 

Un clavecin joue en face,

Un chat traverse la place :

 

La province qui s’endort !

Plaquant un dernier accord,

 

Le piano clôt sa fenêtre.

Quelle heure peut-il bien être ?

 

Calme Lune, quel exil !

Faut-il dire : ainsi soit-il ?

 

Lune, ô dilettante Lune,

À tous les climats commune,

 

Tu vis hier le Missouri,

Et les remparts de Paris,

 

Les fiords bleus de la Norvège,

Les pôles, les mers, que sais-je ?

 

Lune heureuse ! ainsi tu vois,

À cette heure, le convoi

 

De son voyage de noce !

Ils sont partis pour l’Écosse.

 

Quel panneau, si, cet hiver,

Elle eût pris au mot mes vers !

 

Lune, vagabonde Lune,

Faisons cause et mœurs communes ?

 

Ô riches nuits ! je me meurs,

La province dans le cœur !

 

Et la lune a, bonne vieille,

Du coton dans les oreilles.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Laforgue

 

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mercredi, 12 mai 2021

LE COUCHER DU SOLEIL ROMANTIQUE (Charles BAUDELAIRE)

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,

Comme une explosion nous lançant son bonjour !

- Bienheureux celui-là qui peut avec amour

Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve !

 

Je me souviens !... J'ai vu tout, fleur, source, sillon,

Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite...

- Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,

Pour attraper au moins un oblique rayon !

(photo personnelle, en Auvergne)

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mardi, 20 avril 2021

Fernando PESSOA

Suis ta destinée,
Arrose les plantes,
Aime les roses.
Le reste est l’ombre
D’arbres étrangers.

La réalité
Est toujours plus ou moins
Que ce que nous voulons.
Nous seuls sommes toujours
Égaux à nous-mêmes.

Vivre seul est doux,
Vivre simplement,
Toujours, est noble et grand,
Sur les autels, en ex-voto
Pour les dieux, laisse la douleur.

Regarde la vie de loin.
Ne l’interroge jamais.
Elle ne peut rien
Te dire. La réponse
Est au-delà des dieux.

Mais sereinement
Imite l’Olympe
Au fond de ton coeur.
Les dieux sont dieux
Parce qu’ils ne se pensent pas.

6 juillet 1935

Je ne pense à rien,
et cette chose centrale, qui n’est rien,
m’est agréable comme l’air de la nuit,
frais en contraste avec le jour caniculaire.

Je ne pense à rien, et que c’est bon !

Ne penser à rien,
c’est avoir une âme à soi et intégrale.
Ne penser à rien,
c’est vivre intimement
le flux et le reflux de la vie…
Je ne pense à rien.

C’est comme si je m’étais appuyé
dans une fausse posture.
Un mal aux reins, ou d’un côté des reins,
mon âme a la bouche amère :
c’est que, tout bien compté,
je ne pense à rien,
mais vraiment à rien,
à rien…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fernando_Pessoa

 

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