Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 07 décembre 2010

LA JEUNE FILLE

La jeune fille est blanche

Elle a des veines vertes

Aux poignets, dans ses manches

Ouvertes.

On ne sait pas pourquoi

Elle rit. Par moment

Elle crie et cela

Est perçant.

Est-ce qu'elle se doute

Qu'elle vous prend le coeur

En cueillant sur la route

Des fleurs ?

On dirait quelquefois

Qu'elle comprend des choses.

Pas toujours. Elle cause

Tout bas.

"Oh ! ma chère ! oh ! là là...

...Figure-toi... mardi

Je l'ai vu... j'ai ri" - Elle dit

Comme ça.

Quand un jeune homme souffre,

D'abord elle se tait :

Elle ne rit plus, tout

Etonnée.

Dans les petits chemins,

Elle remplit ses mains

De piquants de bruyères,

De fougères.

Elle est grande, elle est blanche,

Elle a des bras très doux.

Elle est très droite et penche

Le cou.

(Francis JAMMES)

claude_monet.jpg

vendredi, 19 novembre 2010

UN CIEL RIANT ET PUR

BL CHEVAL0005 (600 x 450).jpg

 

 

 

 

 

 

Je veux un ciel riant et pur

Réfléchi par un lac limpide,

Je veux un beau soleil qui luise dans l'azur,

Sans que jamais brouillard, vapeur, nuage obscur

Ne voilent son orbe splendide ;

Et pour bondir sous moi, je veux un cheval blanc,

Enfant léger de l'Arabie,

A la crinière longue, à l'oeil étincelant,

Et, comme l'hippogriffe, en une heure volant

De la Norvège à la Nubie.

Je veux un kiosque rouge, aux minarets dorés,

Aux minces colonnes d'albâtre,

Aux fantasques arceaux, d'oeufs pendants décorés,

Aux murs de mosaïque, aux vitraux colorés

Par où se glisse un jour bleuâtre ;

Et quand il fera chaud, je veux un bois mouvant

De sycomores et d'yeuses,

Qui me suive partout au souffle d'un doux vent,

Comme un grand éventail sans cesse soulevant

Ses masses de feuilles soyeuses.

Je veux une tartane avec ses matelots,

Ses cordages, ses blanches voiles

Et son corset de cuivre où se brisent les flots,

Qui me berce le long de verdoyants îlots

Aux molles lueurs des étoiles.

(Théophile GAUTIER)

 

 

dimanche, 17 octobre 2010

VA-T'EN ME DIT LA BISE...

Va-t'en, me dit la bise,

C'est mon tour de chanter,

Et, tremblante, surprise,

N'osant pas résister,

Fort décontenancée

Devant un Quos ego,

Ma chanson est chassée

Par cette virago.

Pluie. On me congédie

Partout, sur tous les tons.

Fin de la comédie.

Hirondelles, partons.

Grêle et vent. La ramée

Tord ses bras rabougris ;

Là-bas fuit la fumée,

Blanche sur le ciel gris.

Une pâle dorure

Jaunit les coteaux froids.

Le trou de ma serrure

Me souffle sur les doigts.

(Victor Hugo)

02 arbres dim (524 x 476).jpg

mardi, 17 août 2010

UN JOUR MON BEAU SOLEIL

Un jour mon beau Soleil mirait sa tresse blonde

Aux rais du grand Soleil qui n'a point de pareil ;

Le grand Soleil aussi mirait son teint vermeil

Au rai de mon Soleil que nul rais ne seconde.

Mon Soleil au Soleil était Soleil et onde

Le grand Soleil était son onde et son Soleil ;

Le Soleil se disait le Soleil non pareil,

Mon Soleil se disait le seul Soleil du monde.

Soleils ardents, laissez ces bruits contentieux ;

L'un est Soleil en terre et l'autre luit aux Cieux ;

L'un est Soleil des corps, l'autre Soleil de l'âme.

Mais si vous débattez, Soleils, qui de vous deux

Est Soleil plus luisant et plus puissant de feux,

Soleil, tes jours sont nuits comparés à ma Dame.

(Abraham de VERMEIL - 1555-1620)

Originaire de BUGEY, Abraham de VERMEIL fut un poète protégé par Henri IV, pour lequel il s'était battu pendant les guerres civiles. Poète apprécié en son époque, il écrivit une Histoire de Saint Louis, aujourd'hui perdue, et de nombreux sonnets d'inspiration "pétrarquiste".

dauphin-couche-soleil.jpg

14:34 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (10)

jeudi, 12 août 2010

MON AME

Mon âme est une infante en robe de parade,

Dont l'exil se reflète, éternel et royal,

Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,

Ainsi qu'une galère oubliée en la rade.

Albert SAMAIN, Au Jardin de l'infante

ESCURIAL.jpg

mercredi, 14 juillet 2010

ERRANCE (Arthur RIMBAUD)

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

ble.jpg

lundi, 21 juin 2010

ICI-BAS (Sully Prud'homme)

Ici-bas tous les lilas meurent,

Tous les chants des oiseaux sont courts,

Je rêve aux étés qui demeurent

Toujours...

Ici-bas les lèvres effleurent,

Sans rien laisser voir de leur velours,

Je rêve aux baisers qui demeurent

Toujours...

Ici-bas tous les hommes pleurent,

Leurs amitiés et leurs amours,

Je rêve aux couples qui demeurent

Toujours...

au-lilas-fleur-jacinthe.jpg

lundi, 07 juin 2010

SI VOUS AIMEZ...

Longtemps, longtemps que mon coeur soit rempli de tels souvenirs

Comme le vase dans lequel, jadis, furent distillées des roses,

Brisez ce vase, réduisez-le en éclats, si vous aimez ;

Longtemps encore persistera le parfum des roses.

(Thomas MOORE)

dael_jan_frans_van_still_li.jpg

mardi, 16 mars 2010

Christine de PISAN, Cent Ballades

Seulette suis et seulette veut être.

Seulette m'a mon doux ami laissée,

Seulette suis, dolente et affligée,

Seulette suis en langueur malheureuse,

Seulette suis plus que nulle perdue,

Seulette suis sans ami demeurée.

SAUVERGARDE IMAGES SEPT 2009 169.jpg

mardi, 02 février 2010

PERNETTE DU GUILLET (1520-1545)

Non que je veuille ôter la liberté

A qui est né pour être sur moi maître ;

Non que je veuille abuser de fierté

Qui à lui humble et à tous je devrais être ;

Non que je veuille à dextre et à senestre

Le gouverner et faire à mon plaisir :

Mais je voudrais pour nos deux coeurs repaître

Que son vouloir fût joint à mon désir.

nos deux coeurs.jpg