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mardi, 11 octobre 2011

Maurice ROLLINAT (1846-1903)

Poète né en 1846 à Châteauroux, monté à PARIS pour devenir chansonnier au Cabaret du Chat Noir, Maurice ROLLINAT est inclassable : cet ami de George Sand, berrichon comme elle, puise son inspiration dans le terroir mais aussi dans une hypocondrie qui l'apparente à Baudelaire. Son inspiration macabre, Les Névroses, Ce que dit la vie et ce que dit la mort, ira en s'accentuant. Atteint de troubles nerveux, il se retire à la campagne vers 1885 et y meurt en 1903.

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Dans les oubliettes de l'âme

Nous jetons le meilleur de nous

Qui languit lentement dissous

Par une moisissure infâme.

Pour le vice qui nous enflamme

Et pour le gain qui nous rend fous,

Dans les oubliettes de l'âme

Nous jetons le meilleur de nous.

Comme personne ne nous blâme,

Parfois, nous nous croyons absous,

Mais un cri nous vient d'en dessous :

C'est la conscience qui clame

Dans les oubliettes de l'âme.

 

 

samedi, 17 septembre 2011

LA FEE

Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté

Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté

Passait, laissant toujours de ses mains malformées

Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.

(Stéphane MALARME)

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mercredi, 17 août 2011

UN JOUR D'ETE (Maurice FOMBEURE)

Le tonnelier tonnèle,

Le bourrelier bourrèle,

Le soleil interpelle,

Frappe un bouclier d'or,

Flambe au pennon des aigles

A la cime des ifs,

Fait virer sur les murs

L'ombre bleue des centaures,

Du lézard engourdi

-Cendre et cadran solaire -

Palpitant d'émeraude

De bronze reverdi.

Sur la rivière glisse

Le chant lourd des rameurs,

La douce soie des cuisses

O nymphes du terroir !

Jusqu'au soir solitude

A l'horizon changeant,

Déclin que nul n'élude,

Gendarmerie d'argent.

La belle des jardins :

Sur ses blanches épaules

S'est égaré soudain

Le souffle frais des saules.

Voici les voix du songe

Apaisées, incertaines,

Quand les bruits de la rue

Coulent dans les fontaines.

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dimanche, 07 août 2011

LE REVE DU JAGUAR (Charles Marie LECONTE DE LISLE (1818-1894)

Né à Saint-Paul de la Réunion et élevé avec rudesse par un père de souche bretonne, Leconte de Lisle parcourt l'Inde et les Iles de la Sonde pendant son adolescence. Mais il préfère l'étude au commerce que son père veut lui imposer. Il s'établit à Rennes pour étudier le grec et l'histoire.

Après être retourné dans son île natale, il se fixe à Paris où, acquis aux idées républicaines, il collabore à diverses revues fouriéristes dans lesquelles il fait paraître ses premiers poèmes.

Sa famille lui coupe les vivres à la suite d'un article dans lequel il applaudissait à la suppression de l'esclavage dans les colonies.

Abandonnant la politique sous le Second Empire, il vit médiocrement de sa plume. Il entreprend de traduire les chefs-d'oeuvre de la poésie grecque et latine.

La parution de ses poèmes fait de lui le chef de file d'une nouvelle génération de poètes, le Parnasse.

Nommé, après la Commune, sous-bibliothécaire au Sénat, il est élu à l'Académie française au fauteuil de Victor Hugo. Il meurt en 1894.

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LE REVE DU JAGUAR

Sous les noirs acajous, les lianes en fleurs,

Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,

Pendent, et s'enroulant en bas parmi les souches,

Bercent le perroquet splendide et querelleur,

L'araignée au dos jaune et les singes farouches.

C'est là que le tueur de boeufs et de chevaux,

Le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue,

Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.

Il va, frottant ses reins musculeux qu'il bossue ;

Et du mufle béant par la soif alourdi,

Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse,

Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,

Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.

En un creux de bois sombre interdit au soleil

Il s'affaise, allongé sur quelque roche plate ;

D'un large coup de langue il se lustre la patte ;

Il cligne ses yeux d'or hébétés de sommeil ;

Et, dans l'illusion de ses forces inertes,

Faisant mouvoir sa queue et frisonner ses flancs,

Il rêve qu'au milieu des plantations vertes,

Il enfonce d'un bond ses ongles ruisselants

Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.

dimanche, 31 juillet 2011

EXTRAIT d'un POEME de Marc Antoine de St Amant

L'abeille, pour boire des pleurs,

Sort de sa ruche aimée,

Et va sucer l'âme des fleurs

Dont la plaine est semée ;

Puis de cet aliment du ciel

Elle fait la cire et le miel.

 

En photo, une abeille sur mes coronilles.

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vendredi, 15 juillet 2011

CONSEILS AU BON VOYAGEUR (VICTOR SEGALEN 1878-1912)

Ville au bout de la route et route prolongeant la ville : ne choisis donc pas l'une ou l'autre, mais l'une et l'autre bien alternées.

Montagne encerclant ton regard le rabat et le contient que la plaine ronde libère.

Aime à sauter roches et marches ; mais caresse les dalles où le pied pose bien à plat.

Repose-toi du son dans le silence et, du silence, daigne revenir au son.

Seul si tu peux, si tu sais être seul, déverse-toi parfois jusqu'à la foule.

Garde bien d'élire un asile.

Ne crois pas à la vertu d'une vertu durable ; romps-la de quelque forte épice qui brûle et morde et donne un goût même à la fadeur.

Ainsi, sans arrêt ni faux pas, sans licol et sans étable, sans mérites, ni peines, tu parviendras, non point, ami, au marais des joies immortelles,

Mais aux remous pleins d'ivresses du grand fleuve Diversité.

 

Né à BREST le 14 janvier 1878, médecin de la marine, Victor SEGALEN fit paraître le Recueil "STELES" en 1912, dont ce poème qui se trouve dans la section STELES DU BORD DU CHEMIN.

http://www.scribd.com/doc/2324485/Steles


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jeudi, 09 juin 2011

MELLIN DE SAINT GELAIS

poésie,renaissance,poèmes,poètes,écriture,culture,littérature,livresMellin de Saint Gelais, poète français de la Renaissance, et en même temps médecin, astrologue et musicien, est né à Angoulème vers 1491. Il est décédé à Paris en 1558.

Voici un de ses Sonnets.

 

 

 

 

 

Il n'est point tant de barques à Venise,

D'huitres à Bourg, de lièvres en Champagne,

D'ours en Savoie et de veaux en Bretagne,

De cygnes blancs le long de la Tamise ;

Ni tant d'amour se traitant en l'église,

Ni différends aux peuples d'Allemagne,

Ni tant de gloire à un seigneur d'Espagne,

Ni tant se trouve à la cour de feintise ;

Ni tant y a de monstres en l'Afrique,

D'opinions en une République,

Ni de pardons à Rome un jour de fête ;

Ni d'avarice aux hommes de pratique,

Ni d'arguments en une Sorbonnique,

Que m'amie a de lunes en la tête.

samedi, 19 mars 2011

Paul ELUARD "L'amour, la poésie" (1929)

Je te l'ai dit pour les nuages

Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer

Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles

Pour les cailloux du bruit

Pour les mains familières

Pour l'oeil qui devient visage ou paysage

Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur

Pour toute la nuit bue

Pour la grille des routes

Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert

Je te l'ai dit pour tes pensées pour tes paroles

Toute caresse toute confiance se survivent.

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vendredi, 11 mars 2011

MEDITATION (Paul GERALDY)

On aime d'abord par hasard,

Par jeu, par curiosité,

Pour avoir dans un regard

Lu des possibilités.

Et puis comme au fond soi-même

on s'aime beaucoup,

Si quelqu'un vous aime, on l'aime

Par conformité de goût.

On se rend grâce, on s'invite

A partager ses moindres maux.

On prend l'habitude, vite,

D'échanger de petits mots

Quand on a longtemps dit les mêmes

On les redit sans y penser.

Et alors, mon Dieu, l'on aime

Parce qu'on a commencé.

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mercredi, 02 février 2011

VILLE

Du fond des brumes

Là-bas avec tous ses étages

Et ses grands escaliers, et leurs voyages

Jusques au ciel, vers de plus hauts étages

Comme d'un rêve, elle s'exhume (...)

La ville au loin s'étale et domine la plaine

Comme un nocturne et colossal espoir.

(Emile Verhaeren, Les Campagnes hallucinées).

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