mardi, 13 février 2018
Jules RENARD : ET CES PAVES DE SAVON
Ne réservez pas à ma vieillesse un château, mais faites-moi la grâce de me garder, comme dernier refuge, cette cuisine avec sa marmite toujours en l'air, avec la crémaillère aux dents diaboliques, la lanterne d'écurie et le moulin à café, le litre de pétrole, la boite de chicorée extra et les allumettes de contrebande, avec la lune en papier jaune qui bouche le trou du tuyau de poêle, et les coquilles d'oeufs dans la cendre, et les chenets au front luisant, au nez aplati, et le soufflet qui écarte ses jambes raides et dont le ventre fait de gros plis, avec ce chien à droite et ce chat à gauche de la cheminée, tous deux vivants peut être, et le fourneau d'où filent des étoiles de braise, et la porte au coin rongé par les souris, et la passoire grêlée, la bouillotte bavarde et le gril haut sur pattes comme un basset, et le carreau cassé de l'unique fenêtre dont la vue se paierait cher à Paris, et ces pavés de savon... et cette demi-douzaine de fers à repasser, à genoux sur leur planche, par rang de taille, comme des religieuses qui prient, voilées de noir et les mains jointes.
16:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : auteur, culture, littérature, livre, poésie, textes, souvenirs
lundi, 05 février 2018
LA DEROBADE (Jeanne CORDELIER) Extrait
L'homme est prêt avant vous. Vous êtes maintenant seule dans la chambre ; sur la table, il y a quinze sacs, dix ou cinq, c'est la même chose. Vous les fourrez rapidement dans votre sac avec la hâte de vous retrouver dehors. Vous franchissez le seuil de l'hôtel comme une voleuse en regardant à droite et à gauche de la porte. De l'air ! Vous avez besoin d'air. Pour vous donner du courage, vous palpez sans les regarder les billets : quinze sacs, dix ou cinq, c'est de l'argent. Vous commencez à faire des projets...
Mon premier client s'appelait Jacques. Il ressemblait à Jean Sablon. Je l'avais suivi dans un hôtel de la rue Daunou. Et là tout s'était passé exactement comme ça. Et si j'ai l'heureuse faculté d'oublier les mauvais souvenirs, je n'ai jamais réussi tout à fait à oublier celui-là....
16:08 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : auteur, livre, écriture, littérature, culture
mercredi, 06 décembre 2017
LA BICYCLETTE BLEUE de Régine DEFORGES (extrait)
Il faisait nuit quand ils arrivèrent dans les faubourgs d'Orléans. Pas une boutique, pas une maison ouverte ; les Orléanais, à leur tour, avaient pris la fuite. Le boulevard de Châteaudun et le faubourg Bannier avaient été bombardés. Un violent orage éclata brusquement, ralentissant encore la marche vers on ne sait où de tous ces gens jetés sur les routes par une peur incontrôlable. Chacun s'abrita comme il put, et certains n'hésitèrent pas à forcer les portes et les volets des demeures abandonnées. L'orage cessa comme il était venu. Des maisons violées sortaient, sans même se cacher, des ombres emportant pendules, tableaux, vases, coffrets. Les pillards commençaient leur sinistre besogne.
Je crains que nous soyons obligés de passer la nuit dans la voiture, dit Mathias qui n'avait pas avancé d'un pouce depuis une heure.
21:51 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : livre, auteur, écriture, régine deforges, guerre
dimanche, 05 novembre 2017
1er AVIS d'une lectrice
J'ai reçu par mail, à la fin de la semaine, une première appréciation de mon livre QUELQUE PART UN HERITAGE, paru il y a 10 jours. L'avis de cette lectrice m'encourage à continuer à écrire.
Elle m'écrit : "j'ai commencé ton livre hier soir, il se boit comme du petit lait. J'en suis déjà à la moitié, très bon, j'adore". M.P.
Je la remercie beaucoup.
Si vous désirez aussi le lire, pour le commander, c'est ici.
https://www.thebookedition.com/fr/quelque-part-un-heritag...
11:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : livre, auteur, culture, littérature, édition, roman
mercredi, 01 novembre 2017
L'AMITIE
Embarcation assez grande pour porter deux personnes par beau temps, mais une seule en cas de tempête (Ambrose BIERCE, Le dictionnaire du diable).
Il est sage de verser sur le rouage de l'amitié l'huile de la politesse délicate (Le pur et l'impur, COLETTE).
L'amitié est le plus souvent une porte de sortie qu'une porte d'entrée de l'amour (Gustave LEBON, Aphorismes du Temps Présent).
18:04 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : citations, auteurs, écriture, recueil, livre, culture
jeudi, 26 octobre 2017
Extrait de mon livre QUELQUE PART UN HERITAGE
Amélie profite tous les jours d'un rayon de soleil pour se chauffer à la porte de la chaumière. Elle aime ça. En attendant que sa mère soit prête, elle s'habille plus chaudement et regarde dans la rue les charrettes qui passent. Dans leurs manteaux d'hiver, les voilà parties au bord de la rivière où Rosalie, Marie et Marcheline bavardent en savonnant leur linge. Elles aperçoivent Amélie et Pélagie, elles leur font signe. Pélagie dépose le panier et Antoine au pied d'un arbre. Abandonnant sa lessive, Marcheline se précipite vers Pélagie pour lui demander des nouvelles du bébé et, le voyant étendu sur l'herbe, elle s'agenouille près de lui. Antoine ouvre de grands yeux. Marcheline dit qu'elle le trouve bien changé. Pélagie lui dit qu'il grandit sans poser aucun problème. Rosalie et Marie s'approchent pour participer à la conversation. Pendant ce temps, avec ses petites mains, et jetant de temps en temps un regard sur son petit frère, Amélie trempe et frotte le linge sortit du panier. Elle relève ses manches et donne du coeur à l'ouvrage pendant que sa mère discute avec ses amies. Les mains engourdies par le froid, elle sort les pièces de l'eau, une à une, les essore et les fait sécher au soleil derrière elle, en écartant les doigts pour bien les lisser. Pélagie, regardant sa fille travailler seule, abandonne les femmes car il faut penser au linge d'abord... Elle se met à genoux et commence à laver ce qu'Amélie n'a pas pu frotter et battre. Elle étend ensuite chaque pièce sur l'herbe au soleil. Pendant que tout sèche, elles mangent au bord de l'eau et papotent joyeusement avec les autres. Le vent ne s'est pas encore levé qu'elles ont terminé. Amélie s'essuie la bouche et se lève pour aider sa mère à plier chaque pièce. Elles déposent ensuite le linge dans le panier et font signe au revoir à Rosalie, Marie et Marcheline qui rangent leur affaires et s'apprêtent aussi à partir. Pélagie prend Antoine dans ses bras et le serre contre elle sous son manteau. Amélie soulève le panier, aidée de sa mère. Toutes les deux rentrent tranquillement...
18:37 Publié dans QUELQUE PART UN HERITAGE | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : auteur, livre, 18ème siècle, charrette, rivière, culture
mercredi, 18 octobre 2017
MON NOUVEAU LIVRE VIENT DE SORTIR
OUBLIER SES ANCETRES, C'EST ETRE UN RUISSEAU SANS SOURCE, UN ARBRE SANS RACINES (Proverbe chinois).
Il y a 4 ans, j'ai commencé l'écriture de mon livre QUELQUE PART UN HERITAGE.
Je viens de le terminer et de le publier. Si cela vous intéresse, rendez-vous sur le site de publication où vous pourrez lire un extrait :
https://www.thebookedition.com/fr/quelque-part-un-heritag...
17:17 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : livre, écriture, auteur, culture, littérature, recueil, histoire
jeudi, 28 septembre 2017
LA PETITE RUE SILENCIEUSE (Paul Fort)
Ce poème me rappelle mon enfance, ma petite soeur l'avait appris et avait dessiné la petite rue sur la page de gauche de son cahier de récitations.
LA PETITE RUE SILENCIEUSE
Le silence orageux ronronne.
Il ne passera donc personne ?
Les pavés comptent les géraniums.
Les géraniums comptent les pavés.
Rêve, jeune fille, à ta croisée.
Les petits pois sont écossés.
Ils bombent ton blanc tablier
Que tes doigts roses vont lier.
Je passe de noir habillé.
Un éclair au ciel t'a troublée,
Jeune fille, ou c'est donc ma vue ?
Tes petits pois tombent dans la rue.
Sombre je passe
Derrière moi les pavés
Comptent les petits pois.
Le silence orageux ronronne.
Il ne passera donc personne ?
18:55 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : poésie, poème, poète, culture, écriture, littérature, livre
mercredi, 13 septembre 2017
AMIS (citations)
Un ami ressemble à un habit. Il faut le quitter avant qu'il ne soit usé. Sans cela, c'est lui qui nous quitte (Jules Renard, Journal).
Je mets en fait que si tous les hommes savaient ce qu'ils disent les uns des autres, il n'y aurait pas quatre amis dans le monde (Blaise Pascal, Pensées).
Parmi beaucoup de bêtes dangereuses, la Providence a placé les amis autour de nous (Paul-Jean Toulet, Les Trois Impostures).
16:30 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : citations, auteur, écriture, livre, recueil, culture, littérature
vendredi, 08 septembre 2017
EMILE LE PAPILLON
Emile s’étira sur son lit de paille. Sentant la chaleur monter autour de lui, il se leva et se dirigea vers la fenêtre. Un ciel bleu azur le réveilla tout à fait.
Il resta un moment à contempler la nature qui s’offrait devant lui, puis marcha vers la porte et l’ouvrit. Dehors, il n’entendit aucun bruit, seulement les abeilles qui passaient devant lui en bourdonnant.
La chaleur pesante le décida à s’envoler à la recherche de quelques fleurs dont il raffole. Sur son chemin, il rencontra le gros hanneton qui faillit le couper en deux.
- - Oh là !!! lui cria-t-il.
Mais le gros hanneton poursuivit son vol sans s’occuper de lui et disparut à l’horizon. Emile reprit ses esprits sur le sol caillouteux où il était tombé, déséquilibré, mais heureusement sans se faire mal.
Un jeune lézard le guettait de loin. Emile s’envola aussitôt sans avoir eu conscience du danger auquel il venait d’échapper.
Il aperçu un bouquet d’œillets rouges qui fleurissaient devant une maison jaune.
A peine avait-il posé ses pattes frêles sur une des fleurs qu’un nuage d’abeilles se jeta sur lui. Il fut une nouvelle fois déséquilibré et retomba sur le sol, les pattes en l’air avec une aile cassée. Il prit peur.
Une ombre se pencha vers lui. C’était la petite fille de la maison. Elle s’agenouilla pour le regarder de plus près.
- - qu’est-il arrivé ?
- - bonjour mademoiselle… j’ai été attaqué par un nuage d’abeilles et me voilà bien mal en point.
- - Oh ! mon pauvre papillon. Je vois… Reste ici, je vais revenir, surtout ne bouge pas...
- - Je crois que c’est perdu d’avance…
- - Tu crois ? Je vais chercher de quoi te soigner. L’été n’est pas terminé, je vais te sauver, tu verras…
- - Laisse-moi, tu perds ton temps, fillette.
- - Je reviens, ne bouge pas.
- - Ah, elle est têtue…
En voyant la petite fille s’éloigner, il se mit à trembler. Regardant autour de lui, il pensa :
- - c’est bien dommage pour moi… l’été commençait à peine, je n’en ai pas profité.
La petite fille revint avec un pot de fleurs dans les mains qu’elle posa près d’Emile. Elle lui dit :
- - ces fleurs vont te guérir, l’une d’elles sera ton lit. Et quand elle fanera, une autre plus belle encore la remplacera.
Etonné, il la laissa faire puis la remercia.
C’est ainsi qu’Emile passa le reste de sa vie dans la maison jaune.
Après sa mort, la petite fille s’affaiblit de jour en jour. Les médecins qui se succédèrent à son chevet essayèrent, en vain, de la sauver.
Dans tout le pays on parla de la maladie étrange de la petite fille qui vivait dans une maison jaune.
15:25 Publié dans Nouvelles et textes brefs | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : écriture, texte, poème, auteur, recueil, livre, culture, loisirs, littérature