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samedi, 18 juin 2016

JUSTE ELLE

On la disait

Un peu sauvage

Dans son jeune âge

Elle aimait l'anglais

Douce, mais aussi

Mal dégrossie

Un peu têtue

Disait sa mère

De sa voix pointue

Comme une vipère

Rarement jalouse

Elle avait le blues

Quand son Portugais

Un grand dadais

La négligeait 

Et allait draguer

Elle vacillait 

Et s'ennuyait

Toute sa jeunesse

Elle le confesse

La rendait cafardeuse

Comme l'eau de la Meuse.

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samedi, 28 mai 2016

DANS LA FORET (souvenir d'enfance)

Nous passions de bons moments dans la forêt, les dimanches, dès que le printemps arrivait. Les feuilles de l'automne dernier, tombées sur le sol, formaient un tapis qui sentait bon.

Pendant que nos parents discutaient avec grand-père et grand-mère autour d'une petite table de pique nique, nous partions à la découverte du coin. Maman nous surveillait de temps en temps et nous demandait de ne pas nous éloigner. Comme Robinson sur son île, nous construisions une cabane avec les plus belles branches. Nous choisissions les plus solides pour qu'elles résistent au poids des branchages et feuilles que nous posions au-dessus. Cette cabane nous semblait très confortable avec son tapis de mousse et de feuilles.

Papa nous racontait que des sangliers passaient ici la nuit comme le jour. Nous cherchions alors des traces de leurs passages sur les sentiers encore humides. De temps en temps des craquements se faisaient entendre au loin. Nous nous cachions derrière un arbre, silencieux, espérant voir ces bêtes noires que nous avions découvertes dans la bande dessinée offerte à Noël par grand-mère. Je veux parler des aventures de Sylvain et Sylvette. Mais jamais nous n'avons vu de sangliers.

 

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mardi, 24 mai 2016

OREILLE

Les oreilles dans l'homme sont mal défendues. On dirait que les voisins n'ont pas été prévus. (Henri MICHAUX - Face aux Verroux).

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L'oreille est le sens préféré de l'attention. Elle garde, en quelque sorte, la frontière du côté où la vue ne voit pas. (Paul VALERY - Tel quel).

jeudi, 19 mai 2016

Extrait de UN DE BAUMUGNES, livre de Jean GIONO

De toute l'après-midi, bien sûr, il ne fallut pas penser à mettre la main sur Saturnin. Il était là-bas - je le voyais - dans le fin fond du verger à regarder dans la ramure des vieux arbres et, comme une fois je faisais mine d'y aller aussi, il s'écarta vers la saulaie en marchant comme les canards. Le grain, vous pensez bien, ça avait été trié et mesuré très vite, on avait à peine foulé un jour, et, quant à faire autre chose, il n'y fallait pas compter. A cette époque de l'année, toutes les heures c'est pour le blé ; alors je restai là, à regarder mon aire bien propre de goût d'artiste en fait d'aire, et souple au pied, et dure aux épis, et puis sa rondeur juste et l'air heureux qu'elle avait avec son poids de paille et de grain. C'était réussi. Je regardais aussi à quoi elle ressemblait dans le milieu de cette terre méchante : à un bouquet. Je regardais aussi la maison, la maison en pierre, les murs et les tuiles et le bois des volets, et le bois des portes, tout cela bien joint, bien fermé sur l'air noir du dedans et je ne pouvais pas arriver à comprendre pourquoi c'était si bien fermé, pourquoi on avait mis cet air du dedans à l'abri de nos mains et de notre oeil.

(Résumé : À la Buvette du Piémont, un vieux journalier est attiré par un grand gars qui paraît affreusement triste ; il provoque ses confidences : Albin vient de la montagne, de Baumugnes. Trois ans auparavant, il était tombé amoureux fou d’une fille qui s’est laissé séduire par le Louis, «un type de Marseille, un jeune tout creux comme un mauvais radis». Le Louis ne lui avait pas caché que son intention était de mettre la fille sur le trottoir. Depuis, Albin est inconsolable, traînant de ferme en ferme, sans se résoudre à remonter à Baumugnes. Alors le vieux, qui n’est que bonté, décide d’aider Albin.
Un de Baumugnes est le deuxième roman de la trilogie de Pan, les deux autres étant Colline et Regain.)

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lundi, 09 mai 2016

AU VILLAGE

Les vieilles maisons grises

S'endorment

La lumière se brise

Sous l'orme

On dirait que tout se meurt

Lentement

Pierrot frissonne de peur

En passant

Au-dessus de la source

Ancienne

Il a peur pour sa bourse

La scène

Des vieux assis sur un banc

Rassure

Ils racontent triomphants

L'aventure

De leur ami le berger

Négligé

Parti dans les Cévennes

Pour Hélène

Pierrot pressé de rentrer

Regarde

Les vieux murs gris soupirer

Bavarde

Etait la rue cet été

Désertée

Même les chèvres sont rentrées

Fatiguées.

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dimanche, 17 avril 2016

SOLITUDE

La solitude est sans attraits pour la plupart des hommes parce qu'elle ne leur fournit pas assez de pensées qui leur plaisent (Pierre NICOLE).

(Pierre Nicole était un théologien et un controversiste français, né le 19 octobre 1625 à Chartres, et décédé le 16 novembre 1695 à Paris. Il est considéré comme un des principaux auteurs jansénistes).

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La solitude est utile. Il faut parfois ne parler qu'avec soi-même. On entend alors de dures vérités ou d'agréables mensonges selon qu'on s'analyse ou qu'on s'imagine (Henri de REGNIER).

 

lundi, 11 avril 2016

QUI SONT CES COUPLES ?

Qui sont ces jeunes couples

Qui dansent en boucle

Qui croquent l'amour

Et parlent de toujours

Qui se croient beaux

Tel un tableau

S'envoient des fleurs

Parlent avec le coeur

De l'avenir à deux

Ne parlent que d'eux

Dévorent la vie

Se sont épris

Avant que la mort

Cruel sort

Ne songe à eux ?

La course des jours

Et de leur amour

Rend plus amoureux.

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vendredi, 01 avril 2016

LA FEMME FANTOME

Elle est montée dans la rame de tramway en suivant les autres et a validé son ticket. Elle s'est assise sur une place libre, tout en tenant son sac des deux mains, un peu comme une petite fille... Je la regardais car elle paraissait étrange : ses cheveux sans couleur pendaient sur son visage fripé. Ses yeux cernés regardaient le sol. Les yeux vides, le regard immobile, elle resta ainsi tout le long du court voyage qui l'emmenait vers le centre ville. Je pensais alors que c'était peut être sa première sortie depuis cinquante ans. Son sac me rappelait celui de maman, celui qui est sur la photo prise devant notre ancienne maison, le jour du déménagement, je n'avais alors que 2 ans. Mais celui de la femme fantôme était sale, des traces de doigts le recouvraient par endroits. Où allait-elle ? J'imaginais qu'elle venait de rendre visite à son médecin qui l'avait autorisée à prendre quelques jours afin de voir sa famille. Mais en avait-elle ? Avait-elle une maman, une soeur, un enfant ?

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samedi, 12 mars 2016

MUSIQUE

La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur.

(Emil Michel CIORAN est né le 8 avril 1911 en Roumanie et décédé le 20 juin 1995 à Paris. Il est un philosophe et écrivain d'expression roumaine puis française à partir de 1949).

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La musique est le langage des passions, mais toutes les passions ne gagnent pas à être mises en musique

(De l'opéra allemand. Christoph Martin WIELAND est né le 5 septembre 1733 à Oberholzheim et décédé le 20 janvier 1813 à Weimar. Il est poète, traducteur et éditeur allemand).

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samedi, 05 mars 2016

RENCONTRE

Guitare à la main et sac sur l'épaule, elle est venue s'asseoir sur la banquette, près de la fenêtre du tramway. Ses cheveux noirs étaient retenus par un élastique dans le cou. Elle lissait ses deux mèches longues, de chaque côté de ses yeux clairs. Elle écoutait un garçon et une fille racontant en riant leur journée au lycée. Le tramway roulait en secouant les passagers. Ses yeux clairs, maquillés de noir et de gris, se fermaient de temps en temps. Elle se mit tout à coup à chercher l'heure dans la poche de son sac. Elle allait arriver bientôt à destination, à son cours avec le professeur qui la suit depuis plusieurs mois. Elle ne voulait surtout pas arriver en retard....

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