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mercredi, 24 décembre 2025

LE MYSTERE DE NOEL

Le facteur est passé ce midi comme d'habitude. J'ai entendu sa mobylette descendre la rue et je suis sortie aussitôt voir ce qu'il avait déposé dans ma boîte.

Je n'y trouve qu'une enveloppe blanche. Je remarque tout de suite que le timbre est en francs. Bizarre ...

Je regarde de plus près le cachet. Je suis également intriguée par quelques taches grises sur le coin gauche, près de mon adresse. La date du cachet est bien visible et je lis : Vannes, 19.09.97 !

Je rentre à la maison et ouvre délicatement l'enveloppe. Je déplie la lettre et je lis :

Lors de votre passage dans notre magasin, LE CRABE BLEU, le 18 août, vous avez bien voulu participer à notre Concours : DECOUVERTE DU MONDE. Votre bulletin de participation a été tiré au sort... Vous gagnez un voyage d'une semaine en Ecosse sur le thème "DECOUVERTE DE L'ECOSSE" et un bon d'achat d'un montant de 500 francs valable jusqu'au 31 décembre 1997 dans notre magasin.

La lettre était signée : Claude ASCOËT, gérant.

Je regarde sur la lettre s'il est indiqué un numéro de téléphone. Je le trouve dans l'entête, sous le nom du magasin.

Je me décide donc à appeler et raconter mon aventure. Une employée me répond que Mr ASCOËT est parti à la retraite depuis 3 ans, mais que Mr Serge LOSIC le remplace. Elle ajoute que ce Monsieur est absent jusqu'à demain et m'invite à le rappeler vers 9 h. Je raccroche déçue et répète plusieurs fois le nom du remplaçant... en me disant : "tiens j'ai connu un garçon qui s'appelait comme lui... J'avais 19 ans... Il faisait partie d'une bande de copains avec un certain François, et Jean Marc également... Ils partaient souvent à la plage en mobylette, on se donnait rendez-vous l'après-midi, près de l'escalier qui menait à cette plage... Il était même passé un jour de printemps, l'année d'après, me rendre visite chez mes parents... Nous avions pris des photos de cet été et de ce jour de printemps. Je rappellerai demain matin et on verra bien, même si c'est trop tard pour le voyage gagné...

Le soir, dès que mon mari rentre du travail, je lui raconte ma journée et lui montre la lettre reçue.

Après réflexion, il me dit : "Laisse tomber, c'est trop tard... n'empêche que le voyage en Ecosse aurait permis de nous retrouver comme des amoureux, au temps de notre voyage de noces... tu te rappelles ? Et puis, l'Ecosse est un beau pays... J'y suis allé avec mon copain d'armée et sa fiancée qui était originaire de là-bas, tu sais bien, Nicky... il l'avait connue en faisant de l'auto stop." Je me souvenais bien de son copain, de sa femme, tous les deux très sympathiques, des végétariens un peu baba cool... ils habitaient près de la frontière Suisse la dernière fois que nous sommes allés leur rendre visite.

Je range la lettre dans un tiroir et nous allons nous coucher mais je reste malgré tout décidée à ne pas enterrer cette histoire.

Le lendemain matin, je reprends mon téléphone et je rappelle LE CRABE BLEU dès 9 heures.

Monsieur LOSIC est au bout du fil. Je lui raconte mon histoire depuis le début. Il m'écoute attentivement puis me demande mon nom et mon adresse. Il me propose de faire des recherches dans ses archives avant de décider de la suite à donner.

Je le remercie mais, avant de raccrocher, je lui demande s'il n'habitait pas il y a plusieurs années à C... et si ses copains de l'époque ne s'appelaient pas François L. et Jean Marc C. ?

Il me répond affirmativement après un petit moment de silence...

Et la conversation continue ainsi :

- Mais c'est toi ? C'est bien toi ...

- Oui, c'est bien moi !

- Pas possible ?

- Mais si...

- C'est Annick qui va être contente !

- Annick ?

- Oui, peu après m'être engagé dans la Marine, je me suis marié avec Annick. Elle me parle de toi quelque fois. Cela me fait plaisir de te retrouver... Que faites-vous l'été prochain, ton mari et toi ?

- Eh bien, je ne sais pas encore, nous n'avons rien prévu pour l'instant...

Du voyage en Ecosse il n'était plus question. Serge nous invitait sur son bateau qu'il avait acheté en 1996 et qui était amarré à La Trinité sur Mer.

Il partait en croisière début août, pour 8 jours. Mais il gardait secrète la destination. Grand navigateur depuis ses 18 ans, il connaissait parfaitement la mer.

Le coeur rempli de joie, j'en parlais dès que mon mari fut rentré de son travail.

J'étais impatiente de faire mes valises. Encore quelques mois à attendre... J'avais le temps de penser à tous les détails de ce voyage : prendre ma caméra, mon appareil photo et suivre les conseils bienvenus de Serge. Mon mari attendait également avec impatience et quand le jour du départ fut annoncé, nous sommes arrivés tous les deux dans la maison blanche de Serge et Annick, le sourire aux lèvres, accueillis comme des rois !!!

La croisière fut vraiment une très belle surprise, Serge nous avait bien gâtés.

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mardi, 05 août 2025

FAIRE DE PENNON BANNIERE

Le pennon était l’enseigne d’un gentilhomme bachelier qui avait sous lui vingt hommes d’armes ; la bannière était l’enseigne d’un gentilhomme banneret qui commandait à cinquante hommes d’armes. Le pennon se terminait en queue, et la bannière avait une forme carrée. Quand le bachelier passait banneret, la cérémonie consistait à couper la queue de son pennon qui devenait ainsi sa bannière. De là l’expression héraldique Faire de pennon bannière, qui est passée en proverbe pour dire, s’élever en grade, être promu d’une dignité à une dignité supérieure.

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lundi, 24 février 2025

FAIRE UNE CROIX

Faire une croix à la porte de quelqu'un :

Cette expression, dont on se sert pour dire qu'on ne veut plus aller dans une maison, est fondée sur un usage des chevaliers qui, passant devant un château où ils ne daignaient pas entrer, traçaient sur la porte une croix d'infamie.

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mercredi, 22 janvier 2025

AQUEDUC DU TRUC PELAT (En occitan : colline pelée)

L'aqueduc du Truc Pelat a été édifié au milieu du 19 ème siècle (mis en service vers 1878). Il était destiné à alimenter un lavoir communal, celui de la commune de Saint Georges d'Orques. Ma commune, voisine de Saint Georges d'Orques, est propriétaire de la colline boisée d'environ 1 ha où cet ouvrage a été construit.

Cet ouvrage doit son originalité à sa construction très soignée, avec voûtes et contreforts en pierre de taille. Les éléments de l'ouvrage : un réservoir captant et l'aqueduc qui relie le réservoir aux anciens lavoirs qui se trouvaient rue des Lavandières à Saint Georges d'Orques.

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La captation se faisait par infiltration au travers de son mur adossé à la colline et le stockage grâce à ses dimensions intérieures, plus de 55 m de long et 2 m de haut. L'aqueduc traversait ensuite le Lassederon pour rejoindre et capter la source des Pilettes. La suite souterraine de son trajet l'amenait aux lavoirs près de l'ancienne mairie de Saint Georges d'Orques.

Ce système fonctionna jusqu'en 1968. La partie de l'aqueduc fut abandonnée avec l'arrivée de l'eau courante dans les maisons et une partie des canalisations fut détruite lors de la construction des premiers lotissements.

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samedi, 09 novembre 2024

MANTEAU NOIR

Elle en avait assez de son petit manteau noir. Ce qu'elle désirait, c'était le printemps. Ce soir, il avait fait une brève apparition. Le soleil était venu lécher les murs des immeubles, devant elle. Les nuages s'étiraient et n'en pouvaient plus. Ils avaient décidé de lui dire "au revoir". Mais avec lenteur....

Il était presque tard et déjà les lumières de la ville s'allumaient les unes après les autres. Les voitures se précipitaient dans les rues avec violence. Le bruit, le vent, la foule, elle n'en pouvait plus...

Elle se demandait quand tout cela allait finir. Elle promenait depuis une semaine son parapluie bleu. Dans les rues, des flaques que la pluie n'arrêtait plus de grossir disparaîtraient peut être dans la nuit ? Elle l'espérait. En attendant, elle avait hâte de rentrer chez elle et de prendre un bon bain.

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lundi, 24 juin 2024

ANGUILLE

Il y a anguille sous roche :

Expression d'origine latine née de la confusion entre anguilla, l'anguille, et anguis, le serpent qui se tient sous des rochers.

Ecorcher l'anguille par la queue : 

C'est commencer par où il faudrait finir.

Rompre l'anguille au genou :

Entreprendre l'impossible. L'anguille, glissante et souple, n'a pas d'échine, et ne peut être "cassée" comme un bâton.

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lundi, 06 mai 2024

LA PETITE SORCIERE DU TRAM

Elle porte un foulard rose sur ses cheveux noirs, un pantalon noir et un chemisier blanc sous un gilet gris.

Adolescente, elle mâche avec rage un chewing gum en regardant méchamment autour d'elle.

Malheur à celui qui la regarde trop, elle lui tire la langue comme font les petits enfants.

Elle éclabousse son chemisier en buvant quelques gorgées d'eau à la bouteille.

Elle essuie vivement de sa main les gouttelettes tombées sur sa poitrine.

Ses grosses lèvres, sur un visage couleur café, expriment un dégout des gens qui se retrouve aussi dans ses yeux ronds, sous des sourcils épais et froncés en permanence.

Si vous la croisez, ne la regardez pas, ne lui parlez pas. Elle est capable de tout.

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jeudi, 28 mars 2024

EMILE LE PAPILLON (histoire que j'ai écrite il y a 11 ans)

Emile s’étira sur son lit de paille.

Sentant la chaleur monter autour de lui, il se leva et se dirigea vers la fenêtre. Un ciel bleu azur le réveilla tout à fait.

Il resta un moment à contempler la nature qui s’offrait devant lui, puis marcha vers la porte et l’ouvrit. Dehors, il n’entendit aucun bruit, seulement les abeilles qui passaient devant lui en bourdonnant.

La chaleur pesante le décida à s’envoler à la recherche de quelques fleurs dont il raffole. Sur son chemin, il rencontra le gros hanneton qui faillit le couper en deux.

 

  • - Oh là !!! lui cria-t-il.

 

Mais le gros hanneton poursuivit son vol sans s’occuper de lui et disparut à l’horizon. Emile reprit ses esprits sur le sol caillouteux où il était tombé, déséquilibré, mais heureusement sans se faire mal.

Un jeune lézard le guettait de loin. Emile s’envola aussitôt sans avoir eu conscience du danger auquel il venait d’échapper.

Il aperçu un bouquet d’œillets rouges qui fleurissaient devant une maison jaune.

A peine avait-il posé ses pattes frêles sur une des fleurs qu’un nuage d’abeilles se jeta sur lui. Il fut une nouvelle fois déséquilibré et retomba sur le sol, les pattes en l’air avec une aile cassée. Il prit peur.

Une ombre se pencha vers lui. C’était la petite fille de la maison. Elle s’agenouilla pour le regarder de plus près.

 

  • - qu’est-il arrivé ?
  • - bonjour mademoiselle… j’ai été attaqué par un nuage d’abeilles et me voilà bien mal en point.
  • - Oh ! mon pauvre papillon. Je vois… Reste ici, je vais revenir, surtout ne bouge pas...
  • - Je crois que c’est perdu d’avance…
  • - Tu crois ? Je vais chercher de quoi te soigner. L’été n’est pas terminé, je vais te sauver, tu verras…
  • - Laisse-moi, tu perds ton temps, fillette.
  • - Je reviens, ne bouge pas.
  • - Ah, elle est têtue…

 

En voyant la petite fille s’éloigner, il se mit à trembler. Regardant autour de lui, il pensa :

 

  • - c’est bien dommage pour moi… l’été commençait à peine, je n’en ai pas profité.

La petite fille revint avec un pot de fleurs dans les mains qu’elle posa près d’Emile. Elle lui dit :

 

  • - ces fleurs vont te guérir, l’une d’elles sera ton lit. Et quand elle fanera, une autre plus belle encore la remplacera.

 

Etonné, il la laissa faire puis la remercia.

C’est ainsi qu’Emile passa le reste de sa vie dans la maison jaune.

 

Après sa mort, la petite fille s’affaiblit de jour en jour. Les médecins qui se succédèrent à son chevet essayèrent, en vain, de la sauver.

Dans tout le pays on parla de la maladie étrange de la petite fille qui vivait dans une maison jaune.

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vendredi, 23 février 2024

LANGUEYER

Pour savoir le secret d'un maître, il faut langueyer les valets.

Il faut faire parler les valets.

Quand les croisés voulurent élire le Roi de Jérusalem, ils langueyèrent les valets de chaque prétendant, et nommèrent Godefroy de Bouillon que le témoignage de ses serviteurs leur fit regarder comme le plus digne de la couronne.

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dimanche, 18 février 2024

LA FERME LOUIS XIV

La ferme Louis XIV, qui se trouve à la sortie de ma ville de naissance (Landrecies), tous les habitants ou presque la connaissent. Elle se situe route de la Folie.

Le hameau de la Folie s'était développé au Moyen Age dans une zone marécageuse. On y planta alors des arbres consommant beaucoup d'eau, comme les bouleaux ou les peupliers. Le bruit du vent dans les feuilles fut nommé La Foliée, qui fut déformé ensuite en Folie.

A la limite du hameau coule un petit affluent de la Sambre, la Rivierette.

En 1670, une crue soudaine de la Rivierette obligea Louis XIV qui passait par là le 3 mai au soir, ainsi que toute sa suite, à faire une halte forcée. Tout le monde fut contraint de passer la nuit dans une ferme proche qui se nomme depuis "Le Louvre". Une plaque sur cette vieille ferme rappelle cet épisode.

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"La journée du 3 avait été pénible. L'immense convoi était parti de Saint-Quentin pour Landrecies de très bonne heure, par une pluie battante qui faisait grossir à vue d'œil les cours d'eau et les marais. D'heure en heure, on enfonçait davantage dans les boues, et la route s'encombrait de chevaux et de mulets morts ou abattus, de charrettes embourbées et de bagages déchargés. Les carrosses ne tardèrent pas à se mettre de la partie. Le maréchal de Bellefonds abandonna le sien dans une fondrière et fit le reste de l'étape à pied avec Benserade et deux autres. M. de Crussol eut de l'eau par-dessus les portières en traversant la Sambre, et M. de Bouligneux qui le suivait fut contraint de dételer au milieu de la rivière et de se sauver sur l'un des chevaux. Quand on vint à la reine et à Mademoiselle, on eut beau les conduire à un autre gué fort sûr, leurs cris et leur agitation furent tels, que l'on renonça à les faire passer. Elles allèrent chercher un abri dans la seule habitation du rivage. C'était une pauvre maison, composée de deux pièces et n'ayant que la terre pour plancher. Mademoiselle s'enfonça jusqu'au genou dans un trou boueux. Landrecies était sur l'autre bord, la nuit tombait et chacun mourait de faim, car l'on n'avait presque rien eu à manger depuis Saint-Quentin. Le roi, très mécontent, déclara que tout le monde resterait là, et que l'on attendrait le jour dans les carrosses. Mademoiselle remonta dans le sien, mit son bonnet de nuit, sa robe de chambre mais elle ne put fermer l'œil, car c'était un bruit effroyable. Quelqu'un lui dit : Voilà le roi et la reine qui vont manger. Elle se fit porter telle quelle, à travers les bourbiers, dans la petite maison, et trouva la reine fort maussade. Marie-Thérèse n'avait pas de lit, et elle se lamentait, disant qu'elle serait malade si elle ne dormait point, et demandant où était le plaisir de voyages pareils ? Louis XIV mit le comble à son chagrin en proposant, de coucher toute la famille royale et quelques familières dans la plus grande des deux pièces, l'autre devant servir de quartier général à Lauzun : Voilà, disait le Roi, qu'on vient d'apporter des matelas ; Romecourt a un lit tout neuf sur quoi vous pourrez dormir. Quoi ! se récriait la reine, coucher tous ensemble, cela serait horrible ! — Quoi ! reprenait le roi, être sur des matelas tout habillés, il y a du mal ? Je n'y en trouve point. Mademoiselle, prise pour arbitre, n'y en trouva point non plus, et la reine céda. Cependant la ville de Landrecies avait envoyé à ses souverains un bouillon fort maigre, dont la mauvaise mine consterna Marie-Thérèse. Elle le refusa avec dépit. Quand il fut bien entendu qu'elle n'en voulait point, le roi et Mademoiselle, aidés de Monsieur et de Madame, l'expédièrent en un instant, et, dès qu'il n'y eut plus rien, la reine dit : J'en voulais, et l'on a tout mangé ! On allait rire, au mépris de l'étiquette, d'un grand plat venu aussi de Landrecies, et sur lequel on se jeta. Il y avait dedans, raconte Mademoiselle, des viandes si dures, que l'on prenait un poulet à deux par chaque cuisse et on avait peine en le tirant de toute sa force d'en venir à bout. Puis l'on se coucha. Ceux qui n'avaient pas encore leur bonnet de nuit et leur robe de chambre les mirent et c'est dans l'appareil d'Argan qu'il faut se représenter la royauté française pendant cette nuit mémorable. Au coin de la cheminée, sur le lit de Romecourt, était la reine, tournée de manière à regarder ce qui se passait : — Vous n'avez qu'à tenir votre rideau ouvert, disait le roi, vous nous verrez tous. Auprès de la reine, sur un matelas, étaient Mme de Béthune, sa dame d'atour, et Mme de Thianges, sœur de Mme de Montespan. Venaient ensuite, sur trois matelas se touchant faute de place, Monsieur et Madame, Louis XIV et la Grande Mademoiselle, Mlle de La Vallière et Mme de Montespan. Une duchesse, une marquise et une fille d'honneur se serraient sur un dernier matelas, placé en équerre, et des plus gênants pour le va-et-vient des officiers ayant affaire au quartier général, dans la pièce du fond. Par bonheur pour tout le monde, le roi finit par faire dire à Lauzun de pratiquer un trou dans le mur extérieur de sa chambre et de donner ses ordres par là. Le dortoir royal eut ainsi quelque tranquillité, et l'on put s'endormir. A quatre heures du matin, Louvois vint avertir que l'on avait fait un pont. Mademoiselle éveilla le roi, et chacun se leva. Ce ne fut pas un beau coup d'œil. Romecourt était lieutenant des gardes du roi. Il est évident qu'on les avait avec soi dans sa voiture, à tout événement. Les cheveux étaient pendants et les visages fripés. Mademoiselle se croyait moins défigurée que les autres, parce qu'elle se sentait très rouge, et elle s'en réjouissait, ne pouvant éviter d'être vue par Lauzun. La famille royale remonta en carrosse et s'en alla tout droit entendre la messe à Landrecies, après quoi ces augustes personnes se couchèrent, et dormirent une partie de la journée. Le soir même, à peine levée, Mademoiselle fut très grondée par Lauzun de ses peurs ridicules de l'eau. Cela lui fut très doux : c'était la première fois qu'il s'arrogeait pareille liberté, et les femmes très amoureuses commencent toujours par aimer le ton de maître..." (Louis XIV et La Grande Demoiselle,1652-1693 par Arvède BARINE, 1912).