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samedi, 28 juillet 2012

VOLONTAIRE (n° 8)

Le 9 août 1914 à minuit, grand-père va éveiller la Compagnie ainsi que les officiers. Tout le monde est prêt à partir. Ils arrivent à St Mihiel au petit jour. Ils suivent la vallée de la Meuse et arrivent à Mouilly. Ils y restent jusqu'au 12 et partent pour Grimaucourt. Ils approchent de l'ennemi qui occupe Etain-Spincourt.

Le 16 août à 3 heures du matin, les ordres arrivent de partir cantonner à Hautecourt, à 6 kms.

Le 17, ils repartent vers la ferme de Broville à 3 kms. Vers le soir passe un aéro allemand. Une fusillade assez vive se déchaîne sur la droite. Mais elle cesse. Le lendemain matin vers 7 heures, ils entendent une violente canonnade du côté de Metz (à environ 30 kms). En route, le soleil les accable, ils sont déjà en Lorraine et ils arrivent à Billy sous Mangiennes vers 5 heures. Ils y restent jusqu'au 20 août. Ils s'organisent et creusent des tranchées. Devant eux une immense plaine semble sans fin. Au mileu émerge quelques bois où sont réfugiés les Allemands. Quelques jours auparavant s'est livré un combat et quelques morts du 130ème sont enterrés au cimetière. 600 hommes ont été tués là.

Le 21 août, la Compagnie reçoit des ordres et doit partir à Loison. Il est 6 heures du matin et aussitôt sortis du village, ils prennent les positions du combat mais il ne se passe rien. Ils prennent alors la route vers Longuyon-Louvroy et vont cantonner à Musson (en Belgique).

Les Allemands sont passés avant eux et ont tout pillé. La fatigue croît car ils n'ont pas mangé et voilà 12 heures qu'ils marchent sans repos. A 7 heures du soir, ils arrivent à Cosnes. Ils voient les tirailleurs repousser les Allemands à travers les champs. Tout à coup on demande 2 Compagnies pour aider le 46 ème. Ils traversent le village et y vont.

Ils se déploient en tirailleurs dans les champs bourbeux. La nuit tombe et en face d'eux la fusillade crépite vers un bois noir. Derrière ce bois, le 46 ème se bat à la baïonnette dans le village. La ville est en feu, partout des étincelles montent jusqu'au ciel. Tout à coup arrive un ordre : aider le 46ème à prendre le village d'assaut. Terrible angoisse mais au bout d'une demi-heure on leur dit de faire demi-tour.

Ils rentrent alors soulagés. Dans les champs d'avoine on entend de vagues cris insolites. Des patrouilles circulent. Tout à coup, une sentinelle allemande les entend et lâche 3 balles. Grand-père et ses camarades se couchent complètement et attendent.

A 11 heures, ils repartent sur Cosne et se couchent exténués après avoir fait 45 kms sans manger et levés depuis l'aube.

Le 22 août à 2 heures du matin, les balles tombent, l'émotion est très grande dans la nuit. Longwy brûle toujours. Ils partent en Belgique à travers les champs. Ils arrivent à Romain et se reposent. Tout à coup les balles pleuvent. Ils se couchent sur le chemin. Grand-père en profite pour se glisser derrière un tas de cailloux. Plusieurs balles tapent derrière lui et passent en sifflant dans les orties au bord du chemin.

Il bondit jusqu'à la première maison et se met à l'abri avec ceux qui y sont déjà. Les chefs ne savent plus, ils perdent la tête. La fusillade n'arrête pas. Plusieurs montent dans les greniers. Grand-père les suit mais au moment de tirer par la lucarne, une balle passe projetant le platre du mur sur sa figure. Il redescend et se met au mur avec d'autres et de là tire sur les Allemands qui paraissent à la crête. Mais aussitôt ils sont nettoyés. C'est un enfer. Ils ne peuvent avancer. Tout le monde part et il ne reste au mur que le Lieutenant Kern avec une dizaine d'hommes. Il les supplie de partir. Le bruit est épouvantable et grand-père tire sur ceux qu'il voit. Il doit cependant arrêter car les cartouches s'épuisent et il ne peut plus tenir son fusil qui lui brûle les mains. La Compagnie est partie par petits parquets. Grand-père décide de partir aussi et passe le jardin, saute le mur et gagne les champs. Il court et à chaque pas les balles lui sifflent autour. Il s'arrête à mi-chemin de la route de Longuyon-Longwy derrière un mur et les Allemands arrêtent de tirer.

Après un instant de repos, il reprend la marche vers une ferme. Le 164ème est là. Il reprend la route vers Cosnes. Le corps d'armée débordé bat en retraite vers Longuyon. Ils quittent Cosnes vers 6 heures. Les obus tombent toujours. Le bataillon se rassemble avant Longuyon et tous bivouaquent. Grand-père ramasse quelques bottes de paille et s'étend harassé de fatigue. Il mange une boite de singe avec des biscuits. Puis tout le monde s'endort. Au petit matin ils repartent sur Longuyon et sur la route rencontrent les premiers émigrants fuyant devant l'invasion.

Le corps d'armée revient sur ses pas à Bramont ou abandonne la route à Longwy pour jeter sur la droite. Là l'artillerie se masse et son devoir va être d'arrêter l'élan de l'Allemand. Grand-père et ses camarades battent en retraite du côté de Saint Laurent sur Othain. Au fur et à mesure que les masses allemandes arrivent, elles sont fauchées et doivent rester sur place sans bouger. Pendant ce temps, l'armée se reforme et mène ses nouvelles positions pour le 24 août. A la nuit tombée, grand-père et ses camarades partent coucher à Sorbey.

Le 24 août à 2 heures tout le monde est debout et part prendre position. La fusillade crépite déjà. Au bout d'un quart d'heure ils reçoivent une grêle d'obus. Ils se collent contre terre, le sac sur la tête.

Aux côtés de grand-père git C. tué à un mètre de lui. Alors il redescend dans le ravin et le Commandant fait rallier la Compagnie. Il donne ses ordres au Capitaine. La débandade commence. Le 67ème de Soissons bât en retraite en pagaille. Le lieutenant ordonne de reprendre le bois. En remontant sous la grêle de balles, le chef est blessé. On voit un blessé qui agite son mouchoir. Un volontaire est demandé, mais personne ne se présente. Alors grand-père part et se glisse parmi les tas de blé et arrive vers le blessé. Il le soulève, le met sur son dos et se dirige vers l'ambulance. De tous les côtés, les balles pleuvent, si bien que son blessé reçoit une autre balle. Arrivé au ravin, plus personne, l'ambulance est partie. Que faire ? Le blessé le supplie de ne pas l'abandonner. Alors grand-père reprend sa marche et fait ainsi 1 km. Là il s'arrête et le panse. L'opération terminée, il lui donne un peu d'eau qui coule d'une source claire à proximité. Il en profite pour se laver aussi les mains pleines de sang. Il reprend son blessé et se dirige vers la route de Saint Laurent où il le remet entre les main des brancardiers. Il est midi et le soleil chauffe en pleine force. Il tombe abattu et reste ainsi près d'une heure sur le bord du chemin. Il a faim mais plus rien dans sa musette. Voilà près de 24 heures qu'il n'a pas mangé. Il prend des carottes dans un champ et les mange. Puis reprend la route vers Saint Laurent où il retrouve les amis.

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Commentaires

C'est un grand morceau d'Histoire que tu nous offres là. Une histoire vue d' l'intérieur par ceux qui la vivent et non par les stratèges aux grandes théories. Je n'en dirai pas plus, le récit se suffit à lui même. Merci pour ce moment d'émotion tel que je n'ai pas respiré pendant toute la lecture.

Écrit par : ariaga | samedi, 28 juillet 2012

Je me demande comment tu as fait pour faire revivre tous ces moments terribles. Bravo à ton grand père qui a sauvé son camarade sur son dos. La guerre était vraiment cruelle! Bonne fin de week end Elisabeth

Écrit par : danae | samedi, 28 juillet 2012

Ariaga : quand j'ai découvert cette histoire, j'ai eu souvent le souffle coupé également. Merci de ta lecture.
Danae : j'ai eu beaucoup d'émotions, d'angoisse aussi. Mon grand-père a sauvé ce Sergent, il n'était pas un camarade mais il l'a fait de façon tout à fait naturelle. Merci à toi.

Écrit par : elisabeth | samedi, 28 juillet 2012

Beau et terrible, terrible et beau

Écrit par : laura | samedi, 28 juillet 2012

ça me rappelle les récits de mon propre grand père, le tien doit être passé proche du mien, sait-on jamais.
merci Elisabeth pour cette tranche de vie que nous les petites filles avons connue plus tard par ouie dire.

Écrit par : irene | samedi, 28 juillet 2012

Emouvant récit !! Je connais bien cette région puisque je suis natif de Verdun. Je suis né à Dugny sur Meuse dans un ancien prieuré qui en 14 fut un hôpital de campagne.....

Bises et beau dimanche

Écrit par : patriarch | dimanche, 29 juillet 2012

Laura : oui c'est terrible car ils étaient embarqués dans cette bataille sans fin ou presque. Leur vie était difficile.
Irène : mon grand père ne m'a pas trop raconté quand j'étais petite et ensuite je suis partie vivre ailleurs et il n'a pas pu me raconter plus. Aussi je découvre son Journal de guerre...
Patriarch : Merci pour ton témoignage, il faudra que j'aille voir cette région un jour.

Écrit par : elisabeth | dimanche, 29 juillet 2012

mais ton texte est beau ... et terrible parce que tu racontes

Écrit par : laura | dimanche, 29 juillet 2012

Né à Dugny, patriarch?? Moi je suis de Verdun - même si je suis née à Bar-le-Duc...

Écrit par : sister for ever | dimanche, 29 juillet 2012

Bien racontée cette histoire des tranchées. Beaucoup ont été des héros, certains sont tombés, anonymes sur le bord d un chemin . Ils n ont pas eut le temps de recevoir une récompense. J ai connu des anciens de cette période, j aurais du les questionner, mais ces histoires de guerre me laissaient indifférent, je ne savais pas ce que c était la guerre. Maintenant je lis volontiers des récits de vie de soldats, pauvres soldats, il l ont payé cher pour leur patrie.
Bonne soirée Elisabeth
Latil

Écrit par : Latil | dimanche, 29 juillet 2012

Laura : c'est mon grand-père qui l'a écrit comme cela, je n'ai eu qu'à le mettre à la 3ème personne du singulier.
Sister : il va falloir que j'aille voir ce pays !
Latil : racontée par mon grand-père.

Écrit par : elisabeth | lundi, 30 juillet 2012

Tu vas avoir plus de temps bientôt...tu fais un crochet en allant dans le Nord et voilà!!

Écrit par : sister for ever | lundi, 30 juillet 2012

ça, je n'avais pas compris; un grand homme à plusieurs titres alors

Écrit par : laura | mardi, 31 juillet 2012

C'est terrible, n'est-ce pas ? Et ces gens-là ont survécu, ont repris leur vie à la fin de la guerre, on fondé des familles, ... Respect.

Écrit par : Bonheur du jour | jeudi, 02 août 2012

Sister : j'espère bien aller voir où mon grand-père a bataillé.
Laura : mon mari m'a dit aussi que son journal était bien écrit.
Bonheur du jour : Et c'est tout à fait cela.

Écrit par : elisabeth | vendredi, 03 août 2012

Eh bien !! Quel récit !! J'ai lu d'une traite sans respirer, tellement le récit de ton grand-père est réaliste.. forcément, il l'a vraiment vécu comme cela !! j'avais un noeud à l'estomac pendant toute ma lecture .. et j'avais hâte qu'on en finisse !! Ouf !!! Ton grand père est un héros .. survivre dans cette débandade et sauver un camarade, n'a pas d'autre qualification ! Tu lui rends un bel hommage en publiant ces écrits ! Merci à toi ! Bizh et belle fin d'après-midi Elisabeth !! (Merci d'être passée chez moi !)

Écrit par : Claire-Cerise | vendredi, 03 août 2012

Alertée par de nouveaux commentaires, j'ai relu ce paragraphe. C'est très émouvant, j'en ai lu des récits de poilus, mais celui-ci n'est pas anonyme... Et puis, au-delà de l'emotion et de l'admiration pour ton grand-père je retrouve des noms de villages familiers où je me suis promenée dans mon enfance en suivant mon père dans ses "tournées"... La ferme de Hautecourt les Broville, Billy les Mangiennes... Mais quand tu viendras j'espère que tu seras aussi séduite par la beauté de à campagne!!! On l'associe peu au nom de Verdun, hélas!

Écrit par : sister for ever | samedi, 11 août 2012

Sister : je ne connaissais pas le nom de ces villes il y a 4 mois. J'ai déchiffré le journal de mon grand-père et je l'ai tapé sur mon clavier pour préparer mon manuscrit. Maintenant j'en sais plus sur la région mais il faudra vraiment que j'aille passer quelques jours dans ce coin. Avec l'émotion dans la gorge, je me dirai à ce moment là que mon grand-père est venu dans ce coin il y a très longtemps.
Claire-cerise : il a d'ailleurs eu des médailles, plusieurs même.

Écrit par : elisabeth | samedi, 11 août 2012

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